La gratuité scolaire : entre promesse et réalité
Depuis l'annonce de la gratuité de l'enseignement primaire par le président Félix Tshisekedi en 2019, des progrès indéniables ont été enregistrés dans l'accès à l'école primaire en RDC. Cependant, entre la décision politique et son application effective sur le terrain, un fossé considérable subsiste, particulièrement dans les provinces de l'Est du pays, encore marquées par l'insécurité et le sous-développement.
L'état des lieux dans le Sud-Kivu
Dans la province du Sud-Kivu, le secteur éducatif présente un tableau contrasté. Si les grandes villes comme Bukavu disposent d'un réseau scolaire relativement dense, les zones rurales et les territoires touchés par les conflits souffrent d'un manque criant d'infrastructures et d'enseignants qualifiés.
Les principaux défis identifiés
- Les frais cachés : malgré la gratuité officielle, de nombreuses écoles continuent de percevoir des frais informels (fonds de fonctionnement, frais d'inscription, achats de manuels) qui excluent de fait les familles les plus pauvres.
- La qualité de l'enseignement : beaucoup d'enseignants n'ont pas reçu une formation pédagogique adéquate et exercent dans des conditions très difficiles.
- Les salaires des enseignants : les mécaniciens de paie restent un problème récurrent, avec des enseignants qui n'apparaissent pas sur les listes de la paie de l'État malgré des années de service.
- Les infrastructures dégradées : des classes sans toits, sans tables-bancs, sans tableaux noirs constituent le quotidien de nombreux élèves.
- L'insécurité : dans les zones de conflit, les écoles sont régulièrement fermées, pillées ou occupées par des groupes armés.
La question du genre dans l'accès à l'éducation
Les inégalités de genre dans l'accès à l'éducation restent prononcées, notamment aux niveaux secondaire et supérieur. Plusieurs facteurs contribuent au décrochage scolaire précoce des filles : les mariages précoces, les grossesses non désirées, les violences basées sur le genre dans et autour des établissements scolaires, et la préférence culturelle accordée à l'éducation des garçons dans certaines communautés.
Les initiatives prometteuses
Malgré ces défis, des initiatives inspirantes méritent d'être signalées :
- Les programmes de cantines scolaires : financés par des partenaires internationaux dans certaines zones, ils contribuent à maintenir les enfants à l'école, notamment dans les zones de déplacement.
- La formation continue des enseignants : plusieurs ONG et le gouvernement provincial investissent dans la mise à niveau pédagogique des enseignants en exercice.
- Les écoles de la deuxième chance : des structures qui permettent à des jeunes ayant abandonné l'école de reprendre une formation.
- Le numérique éducatif : quelques initiatives pilotes introduisent les tablettes et les contenus numériques dans certaines écoles urbaines.
Ce que réclament les parents et les enseignants
Lors des consultations communautaires menées par diverses organisations, les parents et enseignants identifient les mêmes priorités : des enseignants payés régulièrement et dignement, des manuels scolaires disponibles et abordables, des bâtiments scolaires en bon état, et des enseignants effectivement formés à leur métier. Des demandes simples, légitimes, et pourtant encore loin d'être satisfaites pour des millions de Congolais.